Notre démarche de recherche et développement s’inscrit dans un contexte où l’art numérique nécessite de concevoir ses propres outils. Les technologies existantes ne suffisent pas toujours à répondre aux exigences de la recherche-création : il faut inventer des environnements capables de gérer la complexité des données, tout en restant fidèles à la singularité de leur origine. C’est pourquoi nous développons nos propres infrastructures logicielles, à la croisée des besoins techniques et des enjeux esthétiques.
Au centre de cette démarche se trouve taupipeline, un système que nous avons conçu pour orchestrer la gestion des assets numériques issus du corps et de la présence de Kelly Mézino. Taupipeline automatise les étapes de transformation — du scan brut jusqu’à la simulation ou au rendu — tout en assurant la traçabilité et la cohérence des données. Ce cadre technique permet de libérer le temps de création, mais aussi de donner une continuité à l’ensemble des expérimentations : chaque nouvelle œuvre s’inscrit dans une mémoire commune, réutilisable et évolutive.
Ainsi, la recherche et développement n’est pas une activité périphérique à la création : elle est au cœur de notre méthodologie. En inventant des outils comme taupipeline, nous construisons un atelier numérique qui n’est pas seulement productif, mais aussi réflexif — un espace où les données de Kelly circulent, se transforment et se rejouent. C’est ce va-et-vient entre invention technique et expérimentation artistique qui constitue l’un des moteurs principaux de notre recherche-création.
L’intelligence artificielle occupe une place singulière dans notre démarche de recherche-création. Elle n’est pas seulement un outil de génération ou d’automatisation, mais une médiation qui nous permet d’interroger la frontière entre autonomie et contrôle, entre altérité et familiarité. Là où l’informatique graphique traite de la matérialité des données issues de Kelly Mézino, l’IA en propose une relecture : elle amplifie, transforme ou réinterprète ces données pour leur donner une nouvelle forme de présence.
Dans le projet Kellynoïde, l’IA devient un vecteur de vie artificielle. Elle permet d’animer le double numérique de Kelly non plus seulement comme une marionnette manipulée, mais comme une entité capable de réponses, d’improvisations et de comportements émergents. Qu’il s’agisse d’IA générative pour l’image et le son, de modèles de langage pour donner une voix, ou de systèmes d’apprentissage pour capter et rejouer des gestes, l’intelligence artificielle ouvre la voie à une entité hybride, à la fois intime et étrangère.
Cette place accordée à l’IA soulève des enjeux esthétiques et philosophiques : comment donner forme à une entité qui semble « agir » par elle-même, tout en restant profondément inscrite dans les données d’une personne réelle ? Comment maintenir le lien avec Kelly tout en laissant émerger une part d’inattendu et d’altérité ? Ces questions sont au centre de notre exploration, et l’IA, loin d’être un simple outil, devient une partenaire de recherche-création, contribuant à brouiller les frontières entre le vivant et l’artificiel.
